Un entretien avec le Professeur Abdelhafid Aourag,
Directeur Général de la Recherche Scientifique et du
Développement Technologique
Les assises nationales sur la recherche
scientifique des centres et unités de
recherches, organisées le 14 juillet à
Alger, ont été clôturées jeudi à la faveur
d’un nombre important de recommandations
émanant de la communauté des chercheurs
eux-mêmes. C’est la direction générale de la
recherche scientifique et du développement
technologique, une instance à laquelle
l’Etat a confié le rôle de booster le
secteur de la recherche en Algérie qui a
organisé ces assises. Organisées pour la
première fois en Algérie dans un nouveau
contexte socioéconomique marqué par les
nouvelles mutations du pays, ces assises ont
été l’occasion pour les chercheurs et les
centres de recherches de cerner les
différentes contraintes qui n’ont pas permis
à la recherche de décoller. Les conditions
de l’évolution du chercheur, les aspects
réglementaires et pédagogiques ont été au
menu de ces assises.
Le Professeur Abdelhafid Aourag est le
directeur général de la recherche
scientifique et du développement
Technologique (DG.DRST). Il est le pur
produit de l’université algérienne. Il a
aussi évolué dans d’autres universités
étrangères, notamment européennes et
américaines. Connu mondialement et réputé
pour ses travaux, notamment à la NASA, il a
obtenu plusieurs distinctions
internationales et nominé pour le prix Nobel
de physique en 2006. Il se confie à El
Moudjahid.
Est-ce que vous estimez avoir atteint les
objectifs recherchés à travers ces assises?
Les assises constituent à notre sens un
véritable apport supplémentaire pour voir un
peu la situation de la recherche au niveau
des centres et unités de recherches en
Algérie. Il est en effet fondamental d’avoir
des repères à même de nous permettre
d’engager dans le futur une stratégie.
Celle-ci doit puiser sa force d’abord en
prenant en ligne de compte les problèmes
posés au niveaux de ces centres et unités de
recherche ainsi que ceux du chercheur
également. Il est donc clair que pour nous
il s’agit d’associer tout ce monde à la
définition de cette stratégie. Ceci dit,
nous avons compté sur une collectivité de
chercheurs qui ont longtemps travaillé
ensemble, qui ont derrière eux une longue
expérience, franchi toutes les étapes du
monde de la recherche en Algérie et qui
connaissent les contraintes qui ont fait que
la recherche n’a pas démarré dans notre
pays. Donc à notre grande satisfaction
l’objectif principal recherché à travers
l’organisation de ces assises a été atteint
dès lors que nous avons d’abord réussi à
réunir la communauté nationale des
chercheurs, à fédérer l’ensemble des
compétences du pays, mais surtout à voir
comment chacun, à partir de son secteur,
peut contribuer au développement de la
recherche, non pas par rapport à sa vision
individuelle, mais plutôt dans une logique
de fonctionnement multifonctionnel. Il y a
donc nouvelle donne, en ce sens que la
recherche en Algérie évoluera désormais dans
le cadre d’une stratégie ou l’on s’attellera
à agir par rapport à la concrétisation des
objectifs socioéconomiques du pays. Cette
nouvelle stratégie sera définie après que
nous aurions pris en ligne de compte
l’ensemble des problèmes socioéconomiques
posés et qui consistera à engager les
projets de recherche pouvant servir de base
à la solution de ces problèmes.
Et l’on parle justement des 34
programmations de recherche qui ont été
établis dans le sens qu’ils sont considérés
comme prioritaires pour le pays. Sur quelle
base ont été retenus les critères du
principe de la priorité ?
Ces 34 programmations de recherche projets
ne constituent pas une finalité en
eux-mêmes, mais plutôt des repères. En
réalité ces programmes reflètent la
structure institutionnelle du pays en termes
de secteur. Cela veut dire qu’à l’image des
secteurs de l’eau, l’énergie,
l’environnement, l’urbanisme, ou autres,
chaque ministère a son programme. Pour la
priorisation, elle est basée sur deux
aspects. Il s’agit d’abord du besoin crucial
du pays. Est-ce l’eau, l’agriculture ou
autre… Par exemple, je ne saurais m’engager
sur l’agriculture si préalablement je n’ai
pas réglé le problème de l’eau. Le deuxième
aspect est lié aux compétences existantes.
Est-ce que, par exemple, en matière de
biotechnologie, nous avons une masse
critique de biotechnologues qui peuvent
répondre à nos besoins en agriculture, en
médecine ou en santé animale etc. . Cela
veut dire qu’il y a là une équation
paramétrique entre le besoin prioritaire et
la disponibilité des ressources humaines à
engager pour tel ou tel programme. C’est
pour cela que notre pays est doté d’un
Conseil national de la recherche
scientifique et du développement
technologique, une instance suprême présidée
par le Premier ministre, laquelle aura, à
elle seule, à décider de la priorisation.
Pour notre part, nous donnerons à cette
instance toutes les formulations et les
paramètres qui pourront exister afin qu’elle
puisse choisir le programme de l’année.
Dans ce souci de résoudre les problèmes
prioritaires posés au citoyen et au pays
l’externalisation ou le partenariat,
sont-ils envisagés pour la mobilisation des
compétences humaines, d’autant plus que nous
sommes à l’heure de la mobilité ?
Vous savez bien que la recherche
scientifique est universelle, et pour nous
là où il y a la compétence, il faudrait
aller la chercher où qu’elle soit. La
recherche, c’est la compétitivité, et
celle-ci ne saurait être confinée à une
région. C’est pour cela que nos chercheurs
sont appelés à évoluer dans une logique de
compétitivité et dans un contexte de
synergie des compétences internationales.
Evidemment, cela ne saurait dire que tout
chercheur étranger est compétent. La
compétence ne vaut que par rapport à des
critères universels mondialement admis et
reconnus. Et l’Algérie a besoin de cette
espèce de compétences qui se distinguent sur
le plan universel, c’est-à-dire celles qui
font la différence dans toutes les
universités du monde. Elles valent donc non
pas par leur poste mais par leur apport
scientifique universel. A ce titre nous
travaillons d’ailleurs sur deux textes, en
ce sens que, pour les compétences
algériennes à l’étranger, nous voulons les
associer dans nos structures. A l’image de
nombreux pays émergent, l’on perçoit que la
fuite des cerveaux n’est pas une perte pour
le pays mais une capitalisation. Le principe
est d’admettre que la compétence nationale
soit à l’étranger, tout en l’associant à nos
structures. Autrement dit, il s’agit de
créer un cadre réglementaire aux compétences
algériennes à l’étranger, de manière à
participer ou adhérer aux programmes
nationaux dans les différentes structures de
recherche. Cela permettra également
d’inscrire les publications des Algériens
sur le compte de l’Algérie, ce qui est
important pour notre pays qui se verra, de
la sorte, conforté davantage dans son rang
et son poids dans le contexte de la
recherche universelle. Aujourd’hui, quand on
fait appel à un Algérien à l’étranger, nous
lui assurons les mêmes conditions
pédagogiques et matérielles et la même
rémunération. La majorité de ces Algériens
auxquels on a fait appel ont d’ailleurs
accepté de venir. Le fait nouveau c’est que
cette association des compétences à
l’étranger est institutionnalisée et
inscrite sur un plan de traçabilité claire
et fiable. Ce sont là en réalité des actions
qui concrétisent notre démarche portant sur
l’organisation du transfert de technologie.
Et cela ne veut pas dire que les Algériens
qui sont restés dans leur pays ne sont pas
compétents. Bien au contraire nous avons
chez nous des compétences dix fois plus
valorisables que d’autres et qui opèrent
dans des grandes universités dans le monde.
Vous évoquez souvent la Chine comme
modèle en la matière, un pays qui consacre
néanmoins près de 2,5 % de son PIB, soit 45
milliards de dollars…
Il y a un début à tout. Les chercheurs
chinois ont aussi connu une étape de disette
et ont évolué, tout simplement en
développant le génie de transfert de
technologie avant de le maîtriser et d’aller
vers la création de leurs propres
industries, leurs propres licences et leur
propre robotique. Pour l’Algérie, ce n’est
pas une question d’argent mais plutôt de
démarche et de stratégie porteuse de
résultats pour le bonheur des citoyens et du
pays. Il est donc grand temps de dépenser
utile et dans un souci d’efficacité.
Ce n’est pas la première fois que l’Etat
fait appel aux compétences algérienne à
l’étranger. Qu’est-ce qui a changé par
rapport à aujourd’hui ?
Aujourd’hui on officialise cette relation
entre le chercheur résidant en Algérie et
celui résidant à l’étranger, voire les
institutions algériennes ayant en charge le
secteur de la recherche. Le chercheur évolue
donc dans le cadre d’un système national de
la formation et de la recherche, il aura un
statut et sera comptabilisé sur l’effectif
des chercheurs algériens en tant que tel.
Donc il aura ainsi une reconnaissance de
l’Etat d’être associé officiellement à une
structure de formation et de recherche.
Pour
une recherche utile...
Plus qu'un vœux, c'est une nécessité,
voire une obligation. La recherche scientifique en
Algérie doit impérativement engendrer des retombées
immédiates avec des impacts tangibles sur les
secteurs socio-économiques. La mise en place de structures et de
mécanismes adéquats pour mobiliser les
connaissances, développer et soutenir la créativité
avec son corolaire l’innovation constituent une
priorité nationale soutenue par les plus hautes
autorités de l'Etat et constituent les briques de
base du plan d'action de la DG-RSDT.
La dynamisation de la Recherche
Scientifique et du Développement technologique
doivent s'accompagner d'une amélioration des
capacités et potentialités nationales avec une bonne
gestion des ressources humaines, des structures,
infrastructures et superstructures de recherche.
34 programmes nationaux de
Recherche
NASR: National Administration of
Scientific Research....